Ce que montre l’expérience Large Flexible Load d’ERCOT au Texas

L’INBi publie une note de recherche comparative sur le programme Large Flexible Load d’ERCOT et ses enseignements pour le traitement de la surcapacité bas-carbone en France.

Le système électrique français fait face à une surcapacité bas-carbone croissante. RTE anticipe 20 à 30 TWh de modulation nucléaire par absence de débouché à l’horizon 2027, et l’écrêtement des renouvelables a doublé en 2025 par rapport à 2024. Les instruments de flexibilité aujourd’hui disponibles (effacement industriel classique, stockage par batteries) contribuent à l’équilibrage quotidien mais, comme le rappelle RTE, ne peuvent pas, à eux seuls, absorber un surplus structurel de cette ampleur.

Au Texas, une autre catégorie d’installation industrielle a émergé à grande échelle : les Large Flexible Loads (LFL), dont la flexibilité est la fonction même. Ce sont des charges conçues pour s’effacer quand le réseau en a besoin, et non des usines devenues flexibles par adaptation. Concrètement, ce sont essentiellement des installations de minage de Bitcoin. Fin 2024, ERCOT avait approuvé près de 5 500 MW de ces installations, l’équivalent de cinq à six réacteurs nucléaires. Elles fournissent aujourd’hui près des deux tiers de la capacité d’effacement d’urgence mobilisable par l’opérateur texan.

La note examine le fonctionnement de ce cadre et ses conditions de transposabilité au système français. Elle montre que l’écart entre le Texas et la France tient d’abord à l’architecture de marché : au Texas, le consommateur industriel reçoit directement le signal des prix de l’électricité, sans couche tarifaire ou fiscale qui l’atténue. La note en détaille les mécanismes. La question qu’elle pose n’est dès lors pas de reproduire ERCOT — ni souhaitable ni nécessaire — mais de déterminer si le cadre réglementaire français empêche, en pratique, l’apparition de charges capables de rendre un service analogue.

Cette note de recherche s’inscrit dans un programme de travail plus large sur la flexibilité industrielle et la valorisation des surcapacités bas-carbone, qui inclut un travail académique en préparation, mené avec une co-autrice universitaire. Ce travail quantifiera la modulation nucléaire économiquement contrainte et comparera les options de flexibilité susceptibles d’y répondre.

➜ Lire la note : Charges flexibles et gestion des surcapacités : retour d’expérience du programme Large Flexible Load d’ERCOT et conditions de transposabilité au système français

Voir aussi : Modulation nucléaire : le minage de Bitcoin est-il un pari forcément gagnant ? (INBi, mars 2025).